Bienvenue sur les BD du Chat Noir

Ce blog est destiné aux amateurs de bandes dessinées en tout genre. Ils s'agit tant de mettre en avant des coups de coeurs que de faire un éclairage spécifique sur une oeuvre ou l'actualité.

Ce blog est né de la volonté de partager ma passion pour le neuvième art.
A l'heure où la bande dessinée voit ses limites constamment repoussées, alors qu'elle mute et qu'on la trouve sur toute sorte d'écran, lorsqu'à l'échelle de notre petite planète les genres fusionnent et donnent ainsi de nouvelles générations prometteuses, nous sommes conscients que la bande dessinée est en train de vivre des heures nouvelles. Sorti de l'enfance, cet art longtemps décrié est en train de passer le cap de l'adolescence, un magma bouillant d'énergies, d’innovations et d'envies.
C'est cette aventure que nous souhaitons partager.
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mercredi 10 juillet 2013

La guerre du feu, tome 2


La guerre du Feu, tome 2
par Emmanuel Roudier
sortie nationale le 02/10/13
Une adaptation au plus prêt du roman de Rosny Ainé

Premières dédicaces à la Médiathèque de Sérignan (34), le vendredi 04/10/13 à 18h30
Voici la couverture en avant première.


Vo'Houna remasterisé et fin



35 000 ans avant notre ère, Cheval Cabré, intrépide chasseur du clan Takhja, voit son destin lié à Vo’houna aux yeux de miel. Lui est un homme long, elle une femme ours. Si les obstacles semblent s’incliner devant eux (clan, langage, coutumes…), il en reste un majeur en la personne de Thuriaq, puissant sorcier maléfique et époux de Vo'Hounâ...
Le dessin réaliste de Roudier nous plonge dans cette quête baignée de chamanisme. Grâce à une documentation fournie, il est au plus prêt de l’environnement tel qu'auraient pu le percevoir les Aurignaciens.
Dix ans après le début, il reprend la série complètement pour la transcender par l’épure. Cette intégrale, où l’on trouve le 4ème tome inédit,  présente ces planches en noir et blanc, avec seulement une touche d’ocre, qui donne un caché très rupestre. Un passionnant carnet graphique vient éclairer le travail de l'auteur et le mettre en parallèle avec les dernières recherches anthropologiques.
Cet ancien nominé au prix de la ville de Sérignan, primé à Angoulême en 2003, considéré comme le fils spirituel d’André Chéret (Rahan) sera présent pour la sortie du tome 2 de la Guerre du Feu (Delcourt) à la médiathèque de Sérignan le 04/10 à 18h30.



Vo’Houna, Emmanuel ROUDIER, éditions Errance, 28 €.





samedi 24 décembre 2011

Jeanine

© Matthias PICARD, L'Association


17h00 au salon du livre jeunesse de Montreuil, trois jours à arpenter dans tous les sens : les jambes fatiguées, les oreilles en choux fleur,... A deux doigts de capituler, il me fallait un livre à lire dans le métro. Je cible un comic de chez Cornélius. Mon coeur était partagé entre Crumb, Burns ou Clowes. Longtemps hésitant, un type approche et la conversation commence. Le mec vraiment sympa, de bons conseils et puis lui il les a lu quoi. Aussi, je lui lance :

- T'es libraire toi.
- Non, je suis auteur.
- Ah ouais, tu fais quoi?
- Bein, en fait je viens de sortir une BD à l'Association qui s'appelle Jeanine.
- Génial! Oui, j'en ai entendu parler, la couv est rouge. Montre moi ça.
 
Matthias Picard
Il s'appelle Matthias PICARD.
On part s'installer dans un coin. Et, il me raconte. A la base, il est étudiant à l'école des Arts Déco de  Strasbourg, comme bon nombre de dessinateur. Un jour, en regardant à la télé une émission sur la prostitution, Matthias voit une de ses voisines à l'écran. Il est alors médusé et l'envie lui vient de la rencontrer. Il se présente, ils sympathisent et les rendez-vous autour d''un café deviennent rapidement régulier. Passionné par la vie de cette femme, très tôt, il a l'idée d'en faire une bande dessinée, la dame n'a rien contre. Elle préfèrerait un roman!
Matthias rencontre Jean-Christophe Menu qui lui propose tout d'abord d'en publier quelques chapitres dans la revue Lapin et voilà enfin l'ouvrage complet.

En 1964, Jeanine travaille comme placeuse dans un cinéma de Lausanne. Un soir qu’elle rentre tard du travail, une voiture s’arrête à sa hauteur.
« C’est combien ? » lance le conducteur. Voilà comment Jeanine commence sa carrière de prostituée. Aujourd'hui, on l'appelle " Isa la Suédoise ", c'est « la plus grande prostituée de Strasbourg » et elle continue d'exercer.
L'auteur aurait pu se contenter de nous faire défiler la chronologie de la tumultueuse vie de Jeanine. Au lieu de cela, habilement, il nous fait partager leurs entretiens  qui sont autant de flashbacks désordonnés, ce qui donne à l'ensemble un ton naturel et intime, celui d'une  conversation. Il y a aussi, tout ce qui va avec, la vision peut-être pas toujours objective de Jeanine, mais qui laissée en l'état par l'auteur donne un côté romantique.
Matthias Picard a un dessin délicat et expressif ce qui augmente l'émotion et le ton romantique du récit. Certaines parenthèses aux atours naïfs sont pleines de dérisions et un vrai plaisir pour le lecteur.

Un premier album super réussi !

Jeanine, Matthias Picard, L'Association, 2011.

mardi 13 décembre 2011

L'Art de voler

© A. ALTARRIBA, KIM, Denoel Graphic

Le 4 mai 2001, le père d'Antonio ALTARRIBA se suicide en sautant du quatrième étage de la maison de retraite où il finissait ses jours. Fait assez surprenant pour un vieillard de 91 ans. 
On dit que lorsque la mort vient le résumé de notre existence nous apparait. Usant de ce stratagème, Altarriba se sert de la chute de son père, pour remonter le temps. Chaque étage représentant les différentes époques de la vie de son père au fur et à mesure qu'il tombe.
Pour nous livrer ce témoignage poignant, l'auteur emploie la première personne, justifiant qu'il ne fait qu'un avec son père et ainsi il nous permet de rentrer dans l'histoire. L'histoire de l'Espagne du XXè siècle.
Jeune paysan à la vie rude, il cherche à s'émanciper et fuit vers la ville. Toujours dans la misère, la guerre civile espagnole lui permet de se réaliser au sein des républicains. Un peu plus tard auprès des résistants en France.
Histoire d'un homme embarqué malgré lui dans l'histoire, avec un puissant sentiment d'injustice et voulant faire changer les choses. Sur le chemin, il rencontre des camarades et des compagnons, il ainsi renforce ses idéaux, il s'y accroche même quand le monde s'écroule autour de lui. Toute sa vie, il y croit alors que un à un ses amis décrochent. Même lui est corrompu par cette vie où décidément il ne trouve pas sa place.
Ce roman graphique expiatoire a une force vitale incroyable. On y retrouve un message universel dans la filiation de Maüs. Une volonté de croire en l'homme et ce malgré l'absurdité de la vie. Mieux le rêve d'un homme qui voulait simplement voler.
Le dessin expressif et semi-réaliste de Kim sert à merveille le texte et le met en valeur. Un trait qui à certains moment nous fait penser aux paysages de Crumb.
Un monument!

L’art de voler, Antonio ALATARIBA, KIM, Denoel Graphic, 2011

mardi 6 décembre 2011

C'est pas du Van Gogh...

© Bruno Heitz, Gallimard


Comme une suite, on retrouve avec plaisir les personnages attachants de J’ai pas tué de Gaulle mais ça a bien failli. Suite à l’affaire précédente, Jean-Paul est toujours en planque chez sa tante Ninine. Les jours sont longs pour ce jeune lion enfermé et dont la seule distraction est de mater les miches de la boulangère en achetant le pain. Aussi, lorsqu’il se rend compte que sa tante écrit un journal, cela retient toute son attention. Cette dernière commence à lui livrer des pans de son existence, de leurs existences. Mais systématiquement, il y a un gouffre, une période qui n’est pas évoquée : l’année 1940. Titillé, Jean-Paul surprend sa tante en train de brûler les cahiers correspondant à cette époque, voulant les sauver de l’autodafé, cette dernière lui flanque une gifle impulsive et désespérée. Ce rendant compte qu’elle est allée trop loin, elle se livre...

© Bruno Heitz, Gallimard
Cette fois l'intrigue de Bruno HEITZ prend source sur le terreau familial. Jean-Paul partant sur les traces de son oncle devient le personnage central de cette enquête aux multiples rebondissements. On suit la progression et les galères de Jean-Paul pas à pas. On l'aime bien ce grand con, il n'en rate pas une, un parfait pigeon. Tous les ingrédients sont là pour un excellent ragoût policier à l’ancienne : une gazinière au bois, de la gnôle, une lettre, une bonne soeur, une nymphomane, des porte-flingues... 

La maîtrise de Heitz dans la construction et la conduite du récit, sa mise en case traditionnelle, la sobriété des couleurs donnent un ensemble homogène et d'une grande fluidité. Une enquête dynamique qui se lit d'une seule traite: du petit lait.

C’est pas du Van Gogh, Bruno Heitz, Gallimard, Bayou, 2011

lundi 21 novembre 2011

Polina

© Bastien, VIVES, Casterman

Polina Oulinov n'a que six ans lorsqu'elle est sélectionnée pour rentrer à l'académie de danse. Repérée par le professeur Bojinski, elle va suivre les enseignements classiques de cet homme strict et rude.
L’enfant - n'ayant pas nécessairement conscience de son potentiel - se heurte à la rigueur du professeur.
Bastien VIVES nous propose un récit intimiste d'une grande densité. Avec simplicité, il évoque le mal-être de cette jeune fille que l'on sent tout à la fois fragile et avec un énorme potentiel.
Il aborde non sans finesse et psychologie le tortueux rapport au maître dans toute son ambiguïté.

Une ambiance particulière règne dans ce roman, cette sensation est amplifiée par le postulat de Vivès. En effet, il gomme les regards de la plupart des personnages, ainsi on ne s'embarrasse pas de l'expression des visages pour seulement suivre la narration. La lecture s'en trouve plus fluide.

© B. VIVES, Casterman
Il opte pour un trait jeté à la Baudouin donnant au personnage de Polina la finesse d'une jeune biche et une incroyable sensualité.

Si Bastien Vivès était considéré comme une jeune révélation lors de la sortie du Goût du chlore, avec Polina  il signe une oeuvre mature qui fera date.




Polina, Bastien VIVES, Casterman, KSTR, 2011

vendredi 18 novembre 2011

Frenchman

 © Patrick PRUGNE, Daniel Maghen Ed°
Attention ! Préparez-vous à partir à l'aventure. Bien que nous ne plongions pas dans les eaux de Stevenson, nous suivons des rivages proches de son oeuvre. Le voyage qui s'offre à nous siège au coeur des terres de Cooper et est ponctué d'une logique somme toute londonienne.
Suivez l'histoire d'Alban un jeune paysan normand qui se retrouve enrôlé pour la Nouvelle-Orléans. L'implacable vénalité des hommes lui a ravi le peu de chance qu'il lui restait. Outre le fait d'avoir été choisi à la place d'un nobliau, Louis l'amant de sa soeur, à peine arrivé dans le nouveau monde sa tête est mise à prix. Il ne devra son salut qu'à l'intervention d'un homme : un Frenchman (nom donné par les colons américains aux français canadiens, ils étaient généralement des hommes des bois, des éclaireurs réputés). Dès lors les deux comparses fuient et s'enfoncent dans les terres sauvages. C'est pour Alban le début d'une initiation.
Patrick PRUGNE nous offre ici un fort joli scénario qu'il signe en solo. Partant d'un décor normand passif, l'entrée dans le nouveau monde et surtout l'immersion dans les terres sauvages donnent la sensation d'une montée en puissance particulièrement bien servie par des prises de vues variées.
Certains personnages sont façonnés à la taloche, tel cet énigmatique Toussaint Charbonneau, plus proche de l'ours que de l'homme. Certains sont même disgracieux en comparaison avec la beauté foisonnante de la nature.

© P. PRUGNE, D. Maghen Ed°
Depuis Canoë Bay, le dessin de Prugne ne cesse de gagner en maturité. Le trait est d'une finesse rare et Prugne se permet même de le faire disparaître pour nous laisser plonger dans les couleurs. Et quelles couleurs!
Une dualité formidable ressort de ses aquarelles. Si l'on ressent parfaitement l'hostilité de la nature, pour autant, on a le sentiment de prendre une grande bouffée d'air frais. On reste sur une finale mentholée.
On apprécie également l'objet et on reconnait la touche des éditions Daniel MAGHEN. Le célèbre galeriste aurait pu se contenter de faire un beau livre, de concert avec Prugne, ils nous offrent un riche livret de Publier le messagecroquis prolongeant de la sorte cette sensation de fraîcheur mentholée. Difficile de refermer un tel ouvrage.

Frenchman, Patrick Prugne, Daniel Maghen éditions, 2011

vendredi 11 novembre 2011

Airbone 44, Omaha Beach

 © Philippe JARBINET, Casterman

6 juin 1944, alors que Gavin est à deux doigts de débarquer sur la plage d'Omaha Beach, il se remémore son idylle avec Joanne. Suite aux différents blocus, il n'a plus la moindre nouvelle d'elle. En 1938, ils s'étaient rencontrés sur cette même plage normande. Le jeune américain en vacances et la jeune française se sont jurés de toujours s'aimer.
A travers leur échange épistolaire, Philippe JARBINET dresse deux visions différentes de la guerre. Joanne, vivant de l'intérieur cet enfer et Gavin de l'autre côté de l'atlantique. La première est tentée de s'engager dans la résistance et le second peste après son pays qui tarde à rentrer dans cette guerre.
Après la bataille des Ardennes, Philippe Jarbinet revient avec le premier tome de ce nouveau diptyque sur le débarquement de Normandie. Le travail de recherche est impressionnant. Il maîtrise parfaitement les décors, les faits, les personnages. Grâce à un choix minutieux des  plans et des cadrages, il nous permet de saisir de manière limpide des faits troubles de notre histoire. En outre, il a un véritable don pour mélanger la petite et la grande histoire.
 © Philippe JARBINET, Casterman
A certains moments, il use d'artifices, comme par exemple l'étirement de la narration, pour accentuer la dramatisation du récit. La planche 26 (page 28) est particulièrement réussie.
La beauté des couleurs directes élève ce drame amoureux et historique au rang d'une véritable fresque.





Airbone 44, Omaha Beach, t.3, Philippe JARBINET, Casterman, 2011

lundi 7 novembre 2011

Les Ignorants

© Etienne DAVODEAU, Futuropolis

Enfin, un livre qui parle du vin et de la BD. Nous ne saurions dire si Gutenberg en 1454 inventa la presse à caractère mobile en s'inspirant d'un pressoir à vin, mais il y a comme ça des rapprochements, des parallèles que l'on peut faire aisément entre ces deux territoires alchimiques.
Nous sommes ici en présence de deux maîtres, Etienne DAVODEAU dessinateur de BD et Richard LEROY vigneron. L'un roi du crayon, l'autre du chenin. Chacun ignore tout ou presque du monde de l'autre. 
Partant de ce constat, ils vont partager ensemble de nombreux moments le temps pour l'un de faire un album et pour l'autre une vinification.

© Etienne DAVODEAU, Futuropolis
Davodeau nous assoit en témoins privilégiés de cette rencontre atypique. C'est en intimes que nous les suivons chez Gibrat, Mathieu, Guibert, dans les bureaux de Futuropolis, à St Malo. On s'amuse alors à comparer un tonnelier et un imprimeur, un album et une cuvée, un style et un terroir...
Le lecteur est bercé par des séquences didactiques et d'autres plus légères faites de longues discussions ou l'on peut rire tout à tour, de la naïveté de chacun. On est enjoué par cette complicité qui grandit.
Cette bande dessinée autobiographique entre journal et reportage est réalisée avec un trait vif et rapide. Celui du croquis qui saisit l'instant pur, Davodeau trahit ainsi son exigence de nous transmettre quelque chose d'authentique.
Un ouvrage qui pourrait bien convertir quelques personnes à la BD. Quant à initier les auteurs de BD au vin...

.Les Ignorants : récit d'une initiation croisée, Etienne DAVODEAU, Futuropolis, 2011.

dimanche 6 novembre 2011

Des Bêtes

©François ROUSSEL, Max Milo 2011

Le titre évocateur donne le ton : la loi de la nature, la loi de la jungle, la rudesse des grandes solitudes,... Ici le règne animal est pris dans son ensemble. Darwinien dans l'âme, François ROUSSEL nous propose une série à gags hilarante (Prix Humour à Chambéry 2008).
Partant d'un bestiaire de base auquel il rajoute de temps en temps des petits nouveaux, chaque personnage est travaillé soigneusement, forgé par l’orfèvre ROUSSEL. Au fil des gags, on retrouve avec plaisir ces bêtes qui retombent systématiquement dans la même et implacable logique. Force du gag à répétition, on sait d'avance comment tout cela va finir, mais c'est dans la manière que réside le panache.
S'inscrivant dans un gaufrier élégant, l'utilisation d'aplats de couleurs donne un caché brut qui correspond complètement à cette série.

Une série qui m'a fait redécouvrir avec bonheur la bd à gags. Un humour sur le fil du rasoir qui fera rire les enfants et s’esclaffer les grands.
Toujours constant, ce tome 5 est une perle peut-être même le meilleur de François.

Des Bêtes 5 : Nés pour courir, François Roussel, Max Milo, 2011, 11€80
http://roussel-desbetes.blogspot.com/

jeudi 3 novembre 2011

Marche ou rêve


©Dargaud Edition 2011
Comme chaque été Harold (19 ans) va chez sa grand-mère dans sa Bretagne natale. Mais cette année là, rien ne se passe comme prévu. D'abord, il constate passablement qu'il n'a plus rien à dire à sa meilleure amie. Ensuite, alors qu'il a une petite amie, il se sent irrésistiblement attiré par une fille marginale. Enfin, et surtout, il découvre accidentellement que son père qu'il n'a jamais vraiment connu est revenu en France, et qu'il a un demi-frère. 
Bien que l'ensemble paraisse léger, on lit les déboires de ce jeune homme avec beaucoup d'intérêt. Ces rêveries, ces faiblesses ou même parfois sa lâcheté sont un peu les nôtres. Il y a encore cette naïveté touchante de l'adolescence. On ressent bien qu'à contre coeur Harold doit se remettre en question, c'est le passage à l'âge adulte, De ce fait, il ressort de cettte chronique sociale à la dérive une légère amertume.
Les personnages sont particulièrement bien travaillés et attachants.
Le trait épuré fonctionne parfaitement avec la légèreté de l'ensemble. Une démarche originale pour ce one-shot car il est réalisé à quatre mains par Laurel (Scénario, dialogues, encrage et couleurs) et Elric (Crayonné et lettrage).

Marche ou rêve, LAUREL & ELRIC, Dargaud, 2011, 12,95

mardi 1 novembre 2011

Néandertal

©ROUDIER/Delcourt Edition

Laghou le boiteux est le dernier d'une famille de chasseur. Il serait un poids pour le clan s'il n'était pas un habile confectionneur d'armes. Suite à une chasse, le monde s'écroule pour lui, son père vient d'être tué par le grand bison Longue Barbe et lors de l'expédition sensée venger le paternel son frère protecteur est assassiné par ses autres frères. Témoin de la scène, Laghou s'il veut rester en vie est obligé de garder le silence. Alors, il fuit son clan et jure de tuer le bison maudit et de rétablir l'ordre au sein de son clan. Ses pérégrinations rythmées d'initiations et de perfectionnements, lui permettront de s'entourer de solides amis propres à l'aider dans sa quête.
Réalisant seul ce triptyque, l'auteur excelle dans tous les domaines :
Au niveau du scénario : Emmanuel ROUDIER est bien plus qu'un simple amateur de préhistoire, il épousa d'entrée le postulat de faire parler ses protagonistes néandertaliens, il faut savoir qu'entre temps les découvertes scientifiques semblent lui donner raison. Ensuite, il y a un travail de documentation et de recherche considérable et pointilleux. Sur son blog, il explique par exemple comment avec son ami Florent RIVERE pour dessiner une planche, ils ont reproduit très précisément avec les matériaux et les techniques de l'époque les gestes millénaires. Je me suis amusé à récupérer et assembler les photos de cette rencontre et à les comparer avec la page 38 du tome deux c'est saisissant.


En outre, le triptyque scénaristique est très bien élaboré, le tome 1 fort en émotion plante les problématiques auxquels Laghou va être confronté. Avec le tome 2, le personnage se reconstruit, c'est le temps des initiations et des amitiés. Enfin, le tome 3 livre le dénouement. 
En ce qui concerne le dessin, Emmanuel ROUDIER alterne des séquences de dialogues, d'actions et pour notre plus grand bonheur des séquences plus contemplatives de toute beauté (particulièrement dans le tome 3). Son trait réaliste et la palette géographique des couleurs donnent un rendu brut et bucolique.

© Néandertal, t.2, p.37, E. ROUDIER, Delcourt 

Emmanuel ROUDIER ne nous livre ici ni un néandertalien abêti, livré à lui-même face à la nature, ni un héros d'aventure telle que son ami CHERET nous le dépeindrait à travers une histoire de Rahan. Non, c'est celle d'un homme qui essaye de comprendre, qui réfléchit à son état et réagit à son environnement. Il sort, science à l'appui, le néandertalien du stéréotype brutal dans lequel il était enfermé, pour lui donner un portrait possible.

Néandertal, Emmanuel ROUDIER, 3 tomes, Delcourt, Histoires & Histoires, 13€95